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La dimension spirituelle

La cathédrale de Saint-Boniface est un endroit incontournable et un passage obligatoire pour tout visiteur ou nouvel arrivant à Winnipeg. C’est un endroit mythique qui ne désemplit jamais. Sa valeur et sa symbolique chez les habitants sont également grandes, je l’ai compris au grand nombre de mariages qui y sont célébrés et à la présence quasi quotidienne de nouvelles mariées qui viennent s’y prendre en photo dans leurs belles robes.

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Étant curieux comme une belette quand il s’agit de comprendre la foi et la spiritualité de mes semblables (je suis en train de lire Le mystère des cathédrales de Fulcanelli), la cathédrale de Saint-Boniface était l’un des premiers endroits que j’ai visités. Bon, j’avais prévu de la visiter en priorité plus d’un an avant mon arrivée, quand je découvris l’histoire glorieuse du père fondateur du Manitoba, Louis Riel, et que j’appris qu’il était enterré non loin.

C’est donc en homme reconnaissant et admirateur que j’ai déposé une fleur sur sa tombe et que j’y ai médité un moment. L’endroit était magnifique. Aussi vert que le Paradis. Le ciel était d’un bleu indescriptible qu’aucun nuage blanc ne vint maculer! Un vent léger soufflait faisant jouir les feuilles des arbres alentour, et amenant une fraîcheur estivale nunavutoise! Deux écureuils jouaient à cache-cache en tournant autour du tronc d’un arbre tout en ayant un œil vif sur mon regard émerveillé. 

La tombe était là, à côté des autres dans ce cimetière, pierre tombale faite de marbre couleur marron, modeste somme toute quand on pense aux panthéons que d’autres nations construisent à leurs héros.

Je suis resté coi. Je méditais. 

Je pensais à la bravoure de cet homme, aux idéaux qu’il a défendus. Je pensais à mon peuple que des envahisseurs venus de l’Orient ont voulu aliéner, annihiler, acculturer, je pensais à nos héros qui se sont battus leurs vies durant pour nos droits, nous qui sommes devenus minorité, pour que vive notre identité et notre culture, je pensais à la façon dont eux aussi ont été trahis quand soudain : « ding dong »…

Mon cœur a failli s’arrêter! Je ne m’attendais pas à un son de cloche. Et il n’y en avait pas qu’une seule! J’avais déjà entendu ça à Montréal, mais juste après une procession funèbre était sortie de l’église et je compris que c’était un son de cloches de circonstance!

J’étais tellement obnubilé par l’idée de l’Occident laïc véhiculé par les médias français (les seuls d’Occident accessibles dans mon pays d’origine) et par leur conception idéologisée de la laïcité, que je ne m’attendais pas à une telle présence du religieux dans la vie de la société. Je le notais à mesure que je visitais la ville et fréquentais les gens. Il y a une croix géante qui s’illumine la nuit au-dessus de l’hôpital de Saint-Boniface! Il y a une église qui sonne ses cloches trois fois par jour (6 h, midi, 18 h) dans presque tous les quartiers. 

Et ça me fait plaisir!

Élever ses enfants dans une société qui a une dimension spirituelle est une garantie de conduite dans le bon chemin, loin des perversions du monde positiviste, réificateur et profondément inhumain.

Élever ses enfants dans une société régie par une laïcité adaptée et non idéologisée est un idéal pour moi qui sais d’expérience les effets terribles du fait religieux lorsqu’il embrigade les esprits et les incarcère dans les « clôtures dogmatiques » (Concept de feu Mohammed Arkoun).

Je veux transmettre la religion que je veux à mes enfants, mais je ne tiens pas à ce qu’elle leur soit enseignée à l’école. Je veux en faire des citoyens croyants et non des croyants-militants! Et ça bien entendu si à l’âge adulte ils décident de suivre ce chemin.

Je veux qu’ils aient ce choix et qu’ils aient les moyens intellectuels pour faire le bon choix.

Je veux leur transmettre ma foi, celle de mes ancêtres, ce que Karim Akouche appelle « La religion de ma mère ». Ses enseignements, ses valeurs, son intelligence et sa spiritualité.

Le ramadan fait partie de ce legs spirituel. 

J’ai fait mon premier carême à l’âge de 8 ans, un seul jour, le 27ᵉ (les adultes jeûnent un mois complet). À l’appel du muezzin au moment du coucher du soleil qui signifie le moment de la rupture du jeûne, ma mère m’a fait monter sur notre toit en tuile, vêtu du burnous traditionnel que portait feu mon grand-père, un verre de petit-lait et des dattes à la main! Ce fut la fête à la maison; le petit garçon est devenu un homme! La deuxième fois que ça se disait et se confirmait était le jour où j’ai fait mon premier marché hebdomadaire et où j’ai acheté de la viande!

C’est comme ça nos traditions.

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Le ramadan est, dans ma famille et dans toutes les familles qui partagent ma tradition dans nos pays d’origine et au Canada (donc!), un magnifique carrefour où se croisent la tradition des aïeux, les souvenirs de l’enfance et la spiritualité. C’est un mois où l’on aide son esprit à vaincre, pour une fois, son confort individuel! Voilà en résumé.

S’abstenir de boire, de manger, de jurer, de médire ou de commettre quelque acte que ce soit qui puisse entraver le lien avec la Transcendance, et ce du lever du jour jusqu’au coucher du soleil est un magnifique exercice, volontaire et individuel (je mets mille traits sur ces deux mots) qui ne peut faire l’objet d’aucune ostentation.

Je pense sincèrement, et c’est peut-être l’aveuglement que cause l’amour du Manitoba qui parle, que faire carême dans un environnement non musulman est une chance pour ceux de ma communauté qui le feront. Ça rend en effet au jeûne sa dimension originale strictement individuelle loin de la fanfare, de l’hégémonie des orthodoxes, et de toute cette ostentation qui fait, par exemple, que nos pays se mettent en état de veille durant ce mois!

Ah oui, le linge sale. Je n’ai pas envie d’en parler.

Pour mes ancêtres, ma mère et dans mon souvenir d’enfance, le mois de ramadan est donc un mois d’élévation spirituelle, mais aussi le mois du don et de la bienfaisance. Dans mon enfance on apportait de la nourriture à la mosquée du village et on la mettait dans une salle spéciale hors de la salle de prière, afin qu’en mangent les pauvres, les passants et ceux qui n’ont pas de toit. On appelait ça « sadaqa » (aumône) et feu grand-père avait coutume de répéter : « l’aumône éloigne les malédictions et allonge la vie de celui qui la pratique! ».

Loin de moi l’idée de donner un modus operandi; mon soleil n’étant pas assez haut dans le ciel et ma vocation étant de juste exprimer mon avis, je pense que le ramadan pour ceux qui l’observent est une occasion pour s’élever spirituellement, mais également pour aller vers l’autre, faire preuve de générosité et de don de soi, purifier son âme, travailler plus, aider, sourire, être serviable et partager le positif et la bonne humeur.

Inviter des familles amies canadiennes et des étudiants vivant seuls loin de leurs familles à partager notre repas du soir et nos soirées ramadanesques tout au long de ce mois est pour moi le nec plus ultra.

J’ai suivi sur plusieurs années tous les discours du premier ministre Trudeau souhaitant « ramadan kareem » (bon ramadan) à la communauté musulmane du Canada. Ça m’émouvait à chaque fois et on parlait beaucoup, mais alors énormément dans mon village, de ces vœux et de la tolérance de cet État et de ce peuple envers l’autre. C’est quelque part là qu’a commencé à germer dans nos esprits l’idée d’immigrer dans ce magnifique pays à l’histoire glorieuse et dont la valeur, de foi trempée, Protégera nos foyers et nos droits.

Saha ramdan-koum, comme on dit dans le dialecte algérien.

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